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Le nom des choses vous rattrapera !

Le nom des choses vous rattrapera !

En August 2010
C'était l’été
Ref 265.11

Quelques-uns des invités de cette fête contre nature sont déjà arrivés : Blackstone, Miri, Anthony, d’autres gens que je ne connais pas, dont un monsieur très noir, Hannah et moi-même. Une certaine jeunesse étudiante dans cet appartement : nous mangeons à même la moquette, dans des assiettes en carton, une série de plats réchauffés et mauvais, et cela nous fait parler et nous lie. Je me rends compte le premier, je crois, que le jus d’orange a un goût, mais cela n’empêche personne de le descendre comme du vin.

Dans la petite chambre où sont mélangés les manteaux et les téléphones portables, Hannah se met à me parler. «Je suis crevette, mon chéri» dit-elle, avec une voix abandonnée. «Saleté d’animal sauvage qui ne baisserais jamais ta garde» pensé-je, «si tu te mets à me donner une chance, c’est qu’on nous a drogués». Doucement d’ailleurs, moi aussi, je vois les choses autrement. Dans la salle principale, Blackstone parvient à prendre la porte avant qu’on ne la referme avec des écrous. Sous le regard du personnage nègre, qui est sûrement le diable, tout le monde s’abandonne. De grands éclats de rire vaincus sont offerts à des étrangers absolus, je vois aussi une fille échevelé avec un tournevis tenter de percer le buste d’un homme. Rapidement, j’essaie de retrouver mon portable, mais il a été confisqué. Mes cartes de crédit, mon passeport; je suis retenu ici. Je me saisis du téléphone d’un autre et essaye de composer le numéro de Sylvain, à qui je donnerai l’adresse précise d’où je me trouve, et qui viendra me secourir; ces gestes je les accomplis avec un grand sourire distant, comme un automatisme de survie sans conviction. Avec ses gros doigts, Anthony, que tout cela semble amuser aussi, intercale dans le numéro que je tape sur le clavier d’autres numéros qui m’éloignent du salut. «Ne te rends-tu pas compte de ce qui se passe», lui dis-je, rigolant moi-même par ce que la drogue me fait imaginer de touffu, «le nom des choses vous rattrapera !». Mais, comme Hannah, tous, et Anthony qui m’abandonne, conspirent à simuler l’illusion de ma folie.

Paris, 3 novembre 2010

Tu es têtue, baleine

Tu es têtue, baleine

À Palermo
En August 2010
C'était l’été
Ref 264.33

Comme chaque nuit, rêve d’H. Cette nuit, le plus long que j’aie eu (avec l’espoir d’un solstice). Au terme de péripéties qui emportent plusieurs années d’université, des cours donnés par son père que je manque, des immeubles abandonnés que nous visitons avec Miriam et où nous retrouvons le passé d’H ainsi que des agriculteurs biologiques qui me vendent des pommes, et plusieurs longueurs de cheveux, nous aboutissons dans une calanque à sec à regarder refluer l’écume du port en mangeant des huitres. Comme avant, dans la veille, j’ouvre les huitres. H a les cheveux très courts, elle regarde l’horizon et refuse de me parler; elle ne me dira rien, et moi j’ouvre toutes les autres huitres.
Paris, 20 janvier 2011

Au point exact où la mer Tyrrhénienne rencontre la mer Ionienne

Au point exact où la mer Tyrrhénienne rencontre la mer Ionienne

À Messina
En August 2010
C'était l’été
Ref 263.28

Je dois organiser, ce soir, un dîner à la rue Rameau. Les préparatifs se poursuivent positivement jusqu’à ce que, chez mon poissonnier, on essaie de me vendre plus de pièces que j’ai d’invités, ce qui me laisse avec l’obligation morale de refuser, et la tâche pénible de froisser quelqu’un à qui je vais bientôt devoir de l’argent. Sylvain abandonne, las de me voir incapable de choisir et se retire. Moi qui suis en retard je finis par quitter l’étal dans une espèce de brouillard éthique — je découvrirai plus tard dans le rêve que j’ai empoché le poisson malgré tout, sans être capable de me souvenir si j’ai ou si je n’ai pas réglé son prix.

Le rendez-vous de mes invités a été donné dans l’une des deux extrémités d’un pont magnifique qui enjambe la rivière Hudson. Lorsque j’ai achevé de traverser totalement le pont, je n’ai plus de doute sur le fait qu’une tempête se lève, qui secouera le pont, les extrémités et peut-être toute la ville et mes plans. Les vagues se sont d’ailleurs levées et elles se renversent devant mes pieds, le niveau général de la mer est amené jusqu’à la pointe des pylônes; parmi l’abattement fantastique du fleuve je prends une photo; mes invités me font signe là bas qu’il serait dangereux de rester sur le pont.

A l’abris de l’autre côté du pont, tous les invités sont rassemblés et prêts à ce que je les mène à la rue Rameau. Ils ne savent pas où se trouve la rue Rameau car ce sont originalement des amis d’Hannah. Je songe qu’Hannah n’est pas là. Petit chef, je les rassure en leur montrant que ce n’est pas la première fois que je mène une troupe parmi la nature adverse, et qu’il suffit de me suivre. Mais très vite, les premières dissonances font jour. Telle s’inquiète pour son enfant resté à la maison, tel doit être rejoint par tel autre, et comment feront-ils ? Du mieux que je peux, je tiens les esprits rassemblés et communs, mais la dissension l’emporte, notre groupe s’échevèle marche après marche, mystérieusement Fritz ne répond plus à son nom, Matze disparaît au milieu d’une phrase, impossible de savoir si nous nous éliminons entre nous de convoitise pour ma cuisine ou si nous sommes éliminés. Un homme se présentera à nous que je déclarerai suspect et que je déferai au corps à corps presque sans y penser, dans l’unique but de montrer à mes invités que je veille sur eux. C’est uniquement lorsqu’il disparaît en poussière en laissant dans ses cendres un harmonica, que je me rends compte que des forces plus grandes actionnent la panique du fleuve et qu’elles nous pourchâsseront jusqu’à démembrer notre groupe. Je suis prêt à les affronter, car cela fait un an que j’entraine mon corps et mon esprit à chasser les animaux sauvages, et cependant mes invités, sans un merci, continuent de se chamailler.

Comment n’avais-je pas réalisé auparavant qu’ils ne sont pas là pour moi, ni pour mon dinner, et d’ailleurs qu’ils ne savent pas pourquoi ils sont rassemblés. «Je ne peux rien faire de nous, leur dis-je, essoufflé par l’affrontement, si déjà et par vous-mêmes vous n’avez pas envie d’être avec moi.»

Pierrevert 12 août 2011

C'est l'horizon de Taormina qui te regarde, Lue

C'est l'horizon de Taormina qui te regarde, Lue

En July 2010
C'était l’été
Avec Lue
Ref 264.8

Et je réponds à Vincenzo : tu sais bien qu'on n'est jamais que le passeur des choses. Les choses arrivent par nous, peut-être est-ce suffisant ou nécessaire d'être un bon "conducteur".

Salina des îles éoliennes

Salina des îles éoliennes

À Salina
En July 2010
C'était l’été
Avec Lue
Ref 264.30

J’étais parti de Crotone, et, au bout de l’autoroute de la mort, j’attendais comme un enfant le ferry boat qui relie Villa San Giovani au port de Messine, avant de poursuivre par la côte. Entre Tore Faro et Villa San Giovani, que les géographes d’Ulysse appelaient monstrueusement Charybde et Scylla, je me suis baigné au front exact où se mitige la mer Ionniene à la mer Thyréneene. Au port de Messine étaient arrimés deux colosaux croiseurs. Malgré la disgrace du quadrillage infini des fenêtres et des loges, ils emplissaient autant l’imagination d’ailleurs, de voyages et de merveilles éparses que les vastes paysages des îles Eoliennes qu’ils cachaient, et que je rejoignis sans eux. A l’observatoire de Salina, sur les pentes volcaniques où pousse la Malvoisie, qui est le vin du diable, j’ai vu se coucher le soleil entre Filicudi et Alicudi. J’ai vu les vignes de Malfa et la plage coralienne de Rinella, ses grottes et ses barreaux. Je me souviens de la nuit sur la mer et du vent qui me soutenait. Je me souviens des routes à flanc de falaise qui suivirent. En bas l’eau qui brillait, l’air si chaud qu’en passant mon bras par-delà la décapotable, j’avais l’impression de m’enfoncer dans le sable en plein midi. Partout ailleurs c’étaient les collines, et sur chaque colline les maisons portaient une lanterne qui tissaient des guirlandes de maisons. Les lanternes des chapelles brillaient plus fort que les lanternes des maisons.
Mirco Naidon Cauda

Barcelona

Barcelona

En July 2010
C'était l’été
Ref 260.29a

Ai rêvé de Claire M. cette nuit, dans une bibliothèque flottante, par delà les rambardes la longue mer et le tui-tui fade des mouettes. Claire étudiait à un pupitre et moi je cherchais une porte de sortie qui m’amena à la regarder, d’abord sans qu’elle ne me voie, puis plus vulnérablement. A la sortie de la bibliothèque, on me demanda une dîme que je ne possédais pas, comme si j’avais emprunté un livre et qu’il était venu le temps de le payer, mais mes poches étaient vides ; comme souvent, la devise d’où j’arrive et qui est réclamée ne correspond pas avec ma monnaie. Je parvins finalement au prix d’une immense fatigue à ne rien rendre de ce que je n’avais pas pris. Réunis Claire et moi, au moment de passer la dernière porte, nous réalisâmes que l’espace entre le chambranle était fin de quelques centimètres seulement.
Le rêve se perpétue en escaliers à double révolutions, en rampes à colimaçon et en marches manquantes, qui sont les gardes multiples de la porte de sortie de l’immense lycée qui contient les escaliers, les rampes, les portes, les livres, les pupitres, les navires qui les organisent à leur tour, nous dans le vent et la mer.
Paris, 6 mars 2011

Anna Scognamillo m'accompagne à la maison abandonnée

Anna Scognamillo m'accompagne à la maison abandonnée

En June 2010
C'était l’été
Ref 261.22a

Il m’avait semblé comprendre, mais sans que ce n’ait été dit a aucun moment, que Magalie, dont je ne connais d’ailleurs ni la manière de bouger, ni l’odeur, parce que je ne l’ai jamais vue, ne se sentait pas à sa place dans mes bagages. En lui proposant de courir le monde avec moi, je ne m’attendais ni a ce qu’elle dise oui, ni a ce qu’elle vienne accompagnée d’une grande confiance et de mains douces. Sur le chemin, nous échangeons le thème et les paroles de quelques chansons. Nos cultures, qui sont étrangères, nous séparent, mais nous rions de bon cœur.
Arrivés à la maison de la rue Gabriel Péri où j’ai grandi, je lui présente les hamsters de mon enfance. Ils sont d’ailleurs tout jeunes et très petits. Elle s’approche de l’un d’entre eux pour le sentir, je la vois, ses yeux clairs et son grand front, son cou se retrouve blotti contre mon bisou. Si elle détourne ses lèvres d’un degré minuscule, nous finirons par nous embrasser. «Flute» pensais-je d’abord, «mais je ne suis même pas certain de connaitre ton nom de famille» puis, résigné à ce qu’à moi aussi il arrive des bonheurs en amour, je songe «il va nous manquer une serviette de bain».
Magali porte des bottines bleues de cuir souple et des gants bleus de cuir souple jusqu’au bord des coudes.
Palermo, 30 août 2010

Claire Bardainne

Claire Bardainne

À Paris
En June 2010
C'était l’été
Ref 260.00a

Je regarde par le viseur du fidèle Leica. Il y a le cadre lumineux, qui trace les limites du 50mm, et le viseur à coïncidence au milieu, un peu plus clair et si précis, qui me dit à quelle distance je me trouve de ce que je cherche.La scène qui se déroule devant moi est très sombre, ou embrouillée. Je ne sais pas encore ce que je vise, mais, petit à petit, selon leur habitude, certaines formes se mettent à briller, je sens qu'il faut aller plus à gauche, ou m'approcher plus près, aller sous une lumière oblique. Mais, malgré tous mes efforts, je ne vois pas mieux ce que je vise, et je finis par me demander si ce n'est pas tout simplement le télémètre qui est sale, et qui brouille tout. Pour en avoir le coeur net, j'écarte mon œil (mon œil a perdu un peu de son acuité à force de viser, il lui faut une seconde pour faire le point sur l'oeilleton de l'appareil) et effectivement, avec un peu de distance, je vois mieux ce qu'il y a au travers du viseur.Mais je ne suis pas réellement satisfait, car, au travers du viseur, la scène que l'appareil voit représente le viseur, un peu caché par une tête qui vient de s’en écarter, et que j'ai rarement l'occasion de voir de derrière. Tout était noir, bien sûr, bien sûr, parce que ma tête était devant le viseur qui visait ma tête. Il faudra donc se résoudre à ce que le viseur voie ce que mon œil voit, ou plutôt, à ce qu’il n'y a jamais eu d'appareil photographique.

Paris, le 22 octobre 2007

Bye—bye Woody

Bye—bye Woody

En June 2010
C'était l’été
Ref 257.25

D’abord quelques disparitions éparses, suivies par la découverte des corps abandonnés au sol sans dignité et à la vue de tous, laissent aux médias imaginer un, puis plusieurs tueurs dénués de la peur de la justice, inhumains et sans pudeur. Ensuite viennent les premiers vastes phénomènes, qui impliquent des meubles, des camions et des ponts. Les objets manufacturés se brisent, coupent, écrasent, poursuivent, hantent, oublient et pourchassent à nouveau. Les gratte-ciels de la baie de la rivière Hudson se séparent en deux et s’écroulent. Finalement les arbres et les pierres s’ouvrent, s’agitent et s’écroulent et l’océan qui se fend achève d’envahir l’horizon. Il a été décidé que cette version-ci devait recomencer, et nul soin n'est plus porté à en perpétuer les règles et la physique, ce qui veut dire que moi aussi je vais mourir, parmi la nécessaire et méthodique annulation de chacun des témoins.

Paris, le 3 mai 2011

Retrouver les vieux copains

Retrouver les vieux copains

En June 2010
C'était l’été
Ref 256.30

Je rêve, allongé dans le lit de Casa San Pietro, qu’il se produit enfin un événement, juste en face, devant le café qui fait l’angle. Mais ce qui ralentit et densifie la foule pressée, ce n’est pas de la liesse, plutôt de la suspicion, et si ça se trouve de l’effroi.

Au travers de la grande baie vitrée, nous regardons un homme devenu fou tenir en otage les clients du café. Une intervention de la police est plus qu’hypothétique, l’homme peut s’en donner à coeur-joie. La foule regarde ce massacre comme un spectacle télévisuel, il y a un monde entre les otages et nous.

Mais, comme pour chaque événement, la répétition, ou l’habitude que les choses aient une fin ralentissent le spectacle petit à petit. La nuit tombe et les spectateurs sont décimés. Entre ceux qui sont rentrés chez eux et ceux qui se sont endormis à la longue, nous ne sommes plus que trois ou quatre. Moi aussi je cherche s’il reste quelque chose d’intéressant dans ce massacre. Je m’approche de la vitre, je regarde au fond, sous les tables, entre les cadavres. Sous une petite console, il y a une tête décapitée. C’est une tête de femme brune, je crois, et elle essaie de me dire quelque chose, ses lèvres bougent mais son regard se vide tendrement, comme si elle avait froid. Je comprends que cette femme vit encore et que la fumée bleue qui entoure sa tête est du gel. Le fou devait s’ennuyer lui aussi, et il s’est mit à décapiter des gens puis à congeler leur tête pour que la personne, en se réchauffant, meure lentement.

Je m’approche de la jolie tête couchée sur un duvet blanc. Son inclinaison et le coton fumeux qui l’entourent ne me sont pas inconnus, ils me rappellent vaguement la position que je dois avoir dans mon lit. Alors je me réveille violemment de mon rêve, convaincu que quelqu’un me

*

Dans la seconde partie de ce rêve, qui reprend juste après que je me sois rendormi, le mal que causait le tueur du café parvient à échapper aux fenêtres et se répand dans la ville. C’est une immense forme inhumaine composée de ballons blancs, avec deux bras, deux jambes, un tronc et une tête. La forme se déplace tantôt à quatre pattes en éclatant les vitres des immeubles, tantôt en roulant, les ballons avalés par le dessous et réapparaissant n’importe où dans la masse. Les habitants courent en hurlant, je vois dans leurs bras des objets précieux qu’ils essayent de sauver, et qui sont des objets personnels et sans valeur. Mais l’extinction est proche, et bientôt la ville entière sera un désert livré aux mains des militaires.

Je suis caché sous les planches d’un terrain vague. La supposition que tous les autres ne soient pas morts, mais aient été transformés en ballons ne me rassure pas. Soudain j’entends un bruit fantastique. J’ai choisi pile le terrain vague où le mal vient pour se rassembler. La forme agitée se dresse sur deux jambes, et un autre bruit se fait entendre, puis un autre, et je réalise que cette pauvre créature n’a pas désiré toute cette tuerie. Comme n’importe quel parisien, il se rendait à un rendez-vous avec un peu de retard, et ses amis immenses le rejoignent.
Je sais aussi que l’armée leur a tendu un piège et que ce rassemblement est le dernier. Si celui qui est composé de ballons n’est pas seul, il n’est peut-être pas non plus le plus horrible. J’entends l’armement des canons et le ciel se remplit d’ombre.

Casa San Pietro, 11 octobre 2007

2010 Ditte Hviid and the 1941 Focke-Wulf

2010 Ditte Hviid and the 1941 Focke-Wulf

En May 2010
C'était le printemps
Ref 258.32

For a long time, i paid attention only to the dreams when my dad, who died last year, condescended to visit me, and unveil a bit of the layered person he was. He visited me with great assiduity when he was alive, and continues to do so. To prepare myself for those dreams, i started to write down all the other dreams, dreams of restless creditors and houses that are mazes; and, when i was younger, another wild character started to pay me visits in dreams. I suppose that dreams which foresee the future are less important than those many childish games, that are pure invention of the mind. Tonight, i had a dream of Ditte.
We were walking along via Giulia in Rome, among the coloured light of the standard lamps, on a long journey to somewhere, in another country, but as the sun set, it became cleat that it was far too late to jump in any train of plane, so we decided to rent a room and wait for the morning. By the fact that we were both holding a suit bag, i’d say we were on our way back from a wedding, or on our way to one. The morning came, and we took a long train to the other country. I remember i combed her long hair, but she had them coloured in black and it surprised me. When we arrived in the other country, it was dark again, and we had to rent another room for another night. At the hotel desk, the groom was a very unpleasant woman with short hair and a monstrous bust. I thought, looking at the prices, that it was a little expensive here to stay among monsters. We walked nonetheless to room 16, opened the door and started to settle in, but something was wrong: the bed wasn’t done, and it smelled of someone, there were shoes on the floor and smoke in the bathroom. I looked at the keys in my hand, it indeed said 16, but we realized, closing the door in a guilty silence, that we used the keys from the first hotel, instead of the ones we had just been given.
For long minutes we wandered in the halls without a word, wondering if every key to every hotel room in the world would in fact open the door to a single, magical, continuous room, and opposed and contradictory things could randomly meet, and be as one.
Paris, 5 septembre 2010