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Cidrüd & Lue

Cidrüd & Lue

À Paris
En March 2010
C'était le printemps
Ref 254.14a

Hier matin, rue Bonaparte, deux adolescents qui s’embrassaient vainement, et dans le bonheur.

Hier nuit, rêvé de Hannah. Nous nous retrouvons assis dans une pièce ovale avec d’autres, quelque chose de l’exposition universelle, ou d’un monde magique et complexe à la fois est présenté à la foule. Marche dans la rue, devant une vitrine de restaurant. Je suis à la fois si sûr de moi, et prêt à faire des erreurs, l’enjeux est de taille, mais si je n’y pense pas, elle verra que je suis un chic type. Je n’ai pas besoin de l’autre.

Cette nuit, rêvé de Lue. Chez ma mère, avant que nous n’habitions en face de chez nous, dans ma chambre d’enfant. Quel amour ! Nous dormons dans ma chambre, nous regardons par la fenêtre, le solitaire cèdre du Liban, venir le redoux.

Paris, le 21 fevrier 2008

Premier matin rue Saint Marc

Premier matin rue Saint Marc

En April 2007
C'était le printemps
Avec Lue
Ref 170.36a

Enfin, je déménage. Ma mère vient d’acheter un triplex avec un nombre suspect de poutres foncées, qui soutiennent des étagères, des mezzanines, des autres poutres et un âtre prolongé par les étages. Heureusement, Anthony et Sylvain sont venus m’aider. Le rez-de chaussée est un salon, ma mère habitera le premier, et le second me ressemblera. Par endroits, l’enchevêtrement de bois est si serré qu’on devine un renfoncement, un couloir bas ou une cachette. Combien d’adolescences ont effacé les trésors protégés par leurs ombres ? L’une de ces cachettes n’est pas si profonde, et je vois quelque chose d’oublié qui y brille. Bien sûr, la vie de ceux qui, comme moi aujourd’hui, ont habité ce labyrinthe m’intéresse. Seulement voilà, il y a un ours. Paris, le 11 avril 2007 

Bon anniversaire Kamiel

Bon anniversaire Kamiel

En October 2006
C'était l’automne
Ref 163.28a

J'eus l'idée, en découvrant qu'une chanson durerait 2'41, que je n'allai pas réaliser combien ce temps serait du temps en moins dans ma vie. Au contraire, j'aurai l'impression que je peux expérimenter le temps, le mettre à l'épreuve, le mesurer, dire que 2'41, c'est peu ; au final, j'avais le sentiment simple que la longueur de ma vie était tellement grande, indéfinissable, qu'elle recelait peut-être (l'espoir) un infini caché.

mvd bd Beaumarchais (par Lue)

mvd bd Beaumarchais (par Lue)

À Paris
En November -0001
C'était l’automne
Ref 90.16

Le narrateur ou le ProtagonisteJe regarde, sans attention inédite, la multitude des visages qui peuple en perspective la longueur d’un métro ; l’habitude. Mon regard ne dure qu’un infime moment mais, aujourd’hui, ce moment se déploie en moi comme un arbre. Tout d’abord la configuration des passagers m’apparaît suspecte, quelque chose en elle de vagabond et de précis me dérange. L’idée me vient que les choses qui s’agencent devant moi ont un sens caché ou un secret ; les passagers ne sont pas ici de leur plein gré mais plutôt dénoncent autre chose de séculaire, à l’œuvre et sourd, convergeant maintenant sous mon œil ; j’assiste à une combinaison dont ces hommes sont les éléments irresponsables. Sans raison, j’ai le sentiment que je peux trouver un sens dans l’inextricable toile des motifs personnels qui aboutirent à cet instant, j’ai le sentiment que le secret des foules et de leurs trajets est un texte écrit quelque part et qu’il est possible de le lire, de le posséder.Dans un second temps, je me rappelle avoir déjà eu la sensation diffuse que les choses ne sont pas ce qu’elles ont l’air d’être (l’impression très commune qu’on ne nous montre pas tout, qu’il y a autre chose), sans être jamais parvenu à le formuler convenablement. Comme ce souvenir n’a pas d’odeur, j’en déduis qu’il est l’unique mémoire de nombreux moments mélangés. Je me souviens qu’à chacun de ces moments je fis des efforts pour ne pas parler de puissance supérieure, de mécanisme et de dieux, d’arrières-mondes et de cavernes et j’ai de la peine pour moi-même. Ces expressions que j’essayais d’éviter se collent alors à ma tête et, l’esprit plein de mots qui ne m’appartiennent pas, je réalise que l’idée du sens secret des choses, que j’avais eue tant de fois, n’est pas de moi. Elle est de quelqu’un d’autre, peut-être un ami ou un monstre mythique, multiple et sans visage (qu’un ami aurait été une fois), quelqu’un avec qui j’aurais conversé tout au long de ma vie.Enfin, l’image du métro me revenant, je revois quelqu’un qui me regarde sans attention. Il réveille sur mon corps le frôlement des fantômes, ces hommes qui auparavant pensèrent comme moi, un autre jour, ailleurs et qui le firent peut-être à l’instant même, en face de moi, en regardant comme cet homme, sans attention, la longue perspective du métro qui s’étale derrière moi. Leur nombre que je ne compte pas fait sombrer mon idée dans le domaine public et sa vulgarité cesse de me fasciner pour commencer de me faire peur.L’idée provenait des incessants chuchotements du monde, elle était dans ma culture avant que je ne l’ai, je ne peux pas la griffer, elle ne peut pas porter ma marque, elle parle de toi autant que de moi. Je la remplace par une haine incommensurable pour mon propre reflet dans le miroir de ce type, qui n’a rien fait d’autre que son bout de chemin en métro mais qui m’a destitué de la spécialité d’une idée chère et me fit douter de l’unicité de ma vie tout entière ; son regard fait de moi un motif quelconque au milieu d’une toile inextricable ; mes motifs et ma présence dans le métro deviennent obscures. Persuadé de son innocence (cet homme ne m’a peut-être jamais vu), je deviens incapable de le haïr, je me mets en colère tout seul. Pourtant je ne cesse de le plonger dans mon mépris, je lève mon sourcil droit, je mime son absence. L’inconnu du métro devient la métaphore du mal que je fais à mes amis en menant ma vie comme je l’entends, du mal que je leur fais en étant innocent du mal que je leur fais et du vertige que me font éprouver ces situations emmêlées, sans responsable et sans coupable. 

C'est l'horizon de Taormina qui te regarde, Lue

C'est l'horizon de Taormina qui te regarde, Lue

En November -0001
C'était l’automne
Avec Lue
Ref 264.8

Et je réponds à Vincenzo : tu sais bien qu'on n'est jamais que le passeur des choses. Les choses arrivent par nous, peut-être est-ce suffisant ou nécessaire d'être un bon "conducteur".

Salina des îles éoliennes

Salina des îles éoliennes

À Salina
En November -0001
C'était l’automne
Avec Lue
Ref 264.30

J’étais parti de Crotone, et, au bout de l’autoroute de la mort, j’attendais comme un enfant le ferry boat qui relie Villa San Giovani au port de Messine, avant de poursuivre par la côte. Entre Tore Faro et Villa San Giovani, que les géographes d’Ulysse appelaient monstrueusement Charybde et Scylla, je me suis baigné au front exact où se mitige la mer Ionniene à la mer Thyréneene. Au port de Messine étaient arrimés deux colosaux croiseurs. Malgré la disgrace du quadrillage infini des fenêtres et des loges, ils emplissaient autant l’imagination d’ailleurs, de voyages et de merveilles éparses que les vastes paysages des îles Eoliennes qu’ils cachaient, et que je rejoignis sans eux. A l’observatoire de Salina, sur les pentes volcaniques où pousse la Malvoisie, qui est le vin du diable, j’ai vu se coucher le soleil entre Filicudi et Alicudi. J’ai vu les vignes de Malfa et la plage coralienne de Rinella, ses grottes et ses barreaux. Je me souviens de la nuit sur la mer et du vent qui me soutenait. Je me souviens des routes à flanc de falaise qui suivirent. En bas l’eau qui brillait, l’air si chaud qu’en passant mon bras par-delà la décapotable, j’avais l’impression de m’enfoncer dans le sable en plein midi. Partout ailleurs c’étaient les collines, et sur chaque colline les maisons portaient une lanterne qui tissaient des guirlandes de maisons. Les lanternes des chapelles brillaient plus fort que les lanternes des maisons.
Mirco Naidon Cauda