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Le bel amour

Le bel amour

En May 2008
C'était le printemps
Ref 197.6a

Après des années de voyage, et des années de couple, je me suis aperçu que ma manière d’aimer était de chérir ceux qui s’éloignaient et qui, pensai-je, avaient besoin de moi, ou qui me regardaient moins, souvent au mépris de ceux qui sont tout proches, me donnent leur amour ou attendent que j’accepte le leur, et dont je m’évade.
Il y eut un jour à Ouarzazate où j’écrivis une lettre pour Munich, à une femme qui était en face de moi, qui ne me fit pas le don de son amour, ne vit pas le mien et par cela même me ressemblait terriblement.
Rome, Pace, le 24 octobre 2008

Kunsthistorisches Museum

Kunsthistorisches Museum

En May 2008
C'était le printemps
Ref 196.32a

Pour mettre un terme à ses agissements nuisibles au village, ils décidèrent d’allier leurs forces. Conjointes, leur persuasion et l’impact de leur attaque détruisit non seulement l’intégralité de sa motivation, mais aussi tout le village.
Ils durent le retrouver, au sacrifice de coûteux voyages qui les changèrent, qui changèrent leur langue. Ils le forcèrent à revenir de son bannissement, mais durent lui demander à titre amical de reconstruire le village, ce dont lui seul était capable.
Paris, le 26 juillet 2008

Auerspergstraße

Auerspergstraße

À Wiesn
En May 2008
C'était le printemps
Ref 196.29a

Au croisement probable de Broadway et e la 5e, un groupe de jeunes nous hèle, Sylvain et moi. Comme ce clochard de Minnéapolis, ces petites frappes ne parviennent pas à faire comprendre leur argot à Sylvain ; je dévie la conversation vers moi.
Ils sont du quartier. Ce sont des petites frappes, mais ils ont un coeur d’or. Ils veulent juste savoir qui nous sommes, pour défendre leur quartier, préciser son dedans et son dehors, et faire régner ses lois. Au moment de dire au revoir, très à l’aise avec mon british, je laisse échapper un cheers. Aussitôt, l’un d’entre eux refuse de me serrer la main. Un autre crache sur mon ombre. On me demande d’où je viens, si je suis anglais. Je crains qu’après avoir si bien passé cette épreuve par la ruse, je ne me sois compromis comme un débutant. Je songe rapidement aux implications politiques de mes potentielles réponses. Romain ? Viennois ? Français ? Je tente le couple Franco-italien, qui n’engage à rien. Cela parvient à les rassurer et, pour redonner de l’entrain à notre rencontre, nous nous montrons différentes poignées de main secrètes.
Bien sûr, Sylvain et moi n’avons eu qu’une envie tout ce temps, de nous casser et de poursuivre notre chemin. Nous nous laissons juste quelques minutes pour sceller cette nouvelle et délicate confiance. Malheureusement, impossible de refuser lorsqu’ils nous invitent à visiter leur QG secret (sans doute plus par culpabilité que par honneur) qui est une caravane perchée en haut d’une dune, au devant de la mer. D’ailleurs ils ne nous laissent pas entrer.
Je regarde l’ubac de la dune, qui se prolonge jusqu’aux premières vagues noircissantes. Quelques instants pour faire mes maths puis je dis à Sylvain que, même si la probabilité en est infime, en courant très vite et en se jetant vers la mer, avec une bonne position pour résister à l’air, la pente de la dune serait supérieure à la courbe de la chute, et ça serait comme si on volait.
La placidité et le scepticisme de Sylvain ne parviennent pas à assombrir la joie de ce plan, ultime bataille pour vaincre l’ennui de notre situation.
Budapest, le 11 mai 2008.

MuseumsQuartier

MuseumsQuartier

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.32

Dans cette maison raisonnablement trop petite, nous vivons à quatre, Marie et ses deux enfants, Lucio et Robin, et moi. On respire mal, tout le monde voit tout, certaines choses du quotidien sont rationalisées, pour éviter les déchets ménagers.

Marie travaille tôt, elle se lève et s’habille, nous la regardons désespérés de dormir. Ses enfants sont plus dociles que moi ; je me plaints. Le pire moment arrive lorsque je dois absolument utiliser les toilettes. Je voudrais que personne n’entende les bruits, et lorsqu’il est trop tard je me cache sous une serviette en prétendant que ceux que je ne vois pas ne me voient pas.

Un autre moment, je trouve une bille étrange dans mon gros orteil, une sorte de cellule ronde et jaune avec un oeil foncé, qui se déplace d’elle même, sans suivre les mouvements du sang. Autour, des récifs de coraux qui s’ébrouent, des petites moussent qui jaunissent. Je ressens une inquiétude grandissante face à ce phénomène, mêlé de la volupté sadique qu’un acte de chirurgie est inévitable. Dans ce petit appartement serré, je sais que les aiguilles et le briquet ne sont déjà pas loin les uns des autres.

Manosque, le 10 août 2008

Le Roi

Le Roi

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.19

Rêve de Vincenzo : «Dieu n’aime pas écrire avec le crayon».

Paris, le 26 septembre 2008

Les vieilles dettes

Les vieilles dettes

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.17

Sarah, au détour d’un kiosque à journaux. Je parviens à ce que ni elle ni moi ne puissions nous avouer que nous nous évitons. Elle pleure. Les vieilles dettes.

Paris, le 7 août 2008.

La mélodie du bonheur

La mélodie du bonheur

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 193.19

Flûte, j’ai invité à la fois Hannah et Vanina à la même soirée. Plus une centaine d’autres personnes dont ma mère, mes cousins (que je n’ai jamais vu sous leur forme adulte) et les fantômes de mon enfance. Nous faisons une grande célébration dans le jardin tout à la fois de la maison de la petite rue Arnstein à Vienne et de ma tante Nelly, où il y a une cage dans le mur pour le chien, fermée par une porte verte. Hannah est plus petite, noircie par endroits seulement, son sang est corrompu, un peu mexicain.

- Quel dommage dit-elle, à l’époque où nous nous sommes rencontrés je t’aimais et tu m’aimais.

- Tu m’aimais ? dis-je étonné ?

Avec avidité, d’abord, je bois sa réponse, mais rapidement les phrases trop longues, à la forme passive et peuplées de métaphores qui la composent, avec des sujets inversés et un habille système de citations, me font comprendre, malgré le bruit des enfants, que ce ne peut pas être Hannah qui parle ; personne d’autre que mvd ne pourrait rêver aussi mal cette marionnette insondable.

Vienne, le 28 avril 2008

Ferme les yeux, et fais-les disparaître.

Ferme les yeux, et fais-les disparaître.

À Wien
En April 2008
C'était le printemps
Ref 196.14a

La nuit m’a dit que je me baignais sous une touffeur de saules, à un lac sur le chemin de la montagne. Certains de mes amis disparurent. J’en retrouvai d’autres, venus de Vienne. La suspicion me porta l’idée d’une conspiration plus vaste que ne le laissait penser la réclusion du lac. Nous avons décidé de fuir, ce qui força les kidnappeurs à nous pourchasser, donc à se faire voir. Je ne sais si nous devions prendre le fait qu’ils fussent des autochtones, des hommes de la montagne qui grimpent, qui courent et qui parlent avec les pierres, comme une bonne nouvelle.
Lorsqu’ils nous eurent tous attrapés, ils nous présentèrent à leur dieu, qui était une sorte de gallinacé éphémère et perpétuel, dont ils vénéraient l’acte de bouillir. Le Dieu se dépoitraillait et montrait ses os obscurs, parcourus par l’eau qu’il portait à ébullition, puis il projetait cette eau, probablement miraculeuse et divine, par le bec. Enfin, ses os fondaient sous l’effet de la vapeur et le Dieu mourait du simple fait d’avoir prouvé qu’il était Dieu, afin qu’on mît un nouveau gallinacé sur le laraire, à qui l’on promettait la mort s’il n’était pas le Dieu, en attendant qu’il condescende bientôt au dernier ébrouement.
Je dois prendre ma décision de partir vivre ou non pour San Francisco aujourd’hui. La nuit porte conseil mais, comme Jésus et les gauchos, elle parle toujours en parabole pour ne pas se compromettre.
Paris, le 24 juin 2008.

Train pour la Carinthie

Train pour la Carinthie

En April 2008
C'était le printemps
Ref 195.6a

Titre de tableau : « le sommeil engrossé se couchant aux pieds de l’aube blanche ».
Paris, le 16 août 2008

Allez, dis !

Allez, dis !

À Wien
En April 2008
C'était le printemps
Ref 195.33a

Mon nouveau chat est blanc, minaud, aux yeux jaunes, petit, très féminin. Il marche et s’arrête sagement, et garde silencieusement le secret du nom de l’homme qui porte en lui le mal. Personne ne connaît cet homme, peut-être cet homme lui-même ne sait-il pas quelle tâche et quelle charge pèsent sur ses épaules, et quelle convoitise attise son nom. Comme chacun, en regardant mon chat éternel et silencieux, je conjecture. Afin de se cacher totalement, peut-être que le mal s’est incarné dans un homme vivable, ni trop doux, ni trop coléreux. Fatigué, afin qu’on cesse de le chasser, peut-être vivra-t-il à jamais dans des enveloppes comme celles-ci. Je le sais pas, mais mon chat le sait.
Il est si beau que je regrette qu’il ne soit pas entièrement une femme. Ses yeux surtout, ont des propriétés fantastiques qui le rendent incroyablement convoitable, et me portent l’angoisse de la perte et du vol. Il peut faire se rejoindre ses yeux en un large et unique regard, où se baladent ses pupilles. Alors que je joue dans le bassin avec des bateaux miniatures, lui se permet des expressions inédites et divines. Je crois parfois qu’il me parle, mais il ne me révèle rien par la parole.
Ensuite, je vois une femme courir sur un tapis de jogging, puis une forme rapide et vicieuse lui entrave les mains et une roue dentelée de la taille d’un sofa lui racle le crâne jusqu’à la mort. Cette image n’a aucun lien ni avec ma vie, ni avec rien que je connaisse. Je sais que c’est, contrairement au reste, un don de mon chat.
Rome, via dei Sabelli, le 25 octobre 2005