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Vincenzo Susca chez les Hugon-Queniart

Vincenzo Susca chez les Hugon-Queniart

À Paris
En May 2008
C'était le printemps
Ref 200.21

Avec l’arrivée de mon petit frère, Côme, la rue Rameau est devenue trop petite. Et puis le plafond a de nouveau baissé. Ma mère décide de nous louer un appartement, rien qu’à Côme et à moi, dans le fond du 6e arrondissement, la dernière maison d’une rue qui termine le 6e, comme ce 174 boulevard Saint Michel que j’ai failli habiter.
L’immeuble est moderne et très propre, mais le gardien est un personnage grotesque, déguisé en juge avec perruque, duvet et responsabilité grotesque de décerner et de refuser. J’ai de moins en moins envie de quitter Palais Royal et ma situation, moi qui n’ai rien et qui perd tout, mais il est sans doute temps que les choses changent.
C’est la seconde fois en deux nuits que je rêve de déménagements, de grand changements, de paysages. Hannah y serait-elle pour quelque chose, qui dort silencieusement très loin de moi, à mes côtés.
Marrakech, le 28 août 2008

Le bel amour

Le bel amour

En May 2008
C'était le printemps
Ref 197.6a

Après des années de voyage, et des années de couple, je me suis aperçu que ma manière d’aimer était de chérir ceux qui s’éloignaient et qui, pensai-je, avaient besoin de moi, ou qui me regardaient moins, souvent au mépris de ceux qui sont tout proches, me donnent leur amour ou attendent que j’accepte le leur, et dont je m’évade.
Il y eut un jour à Ouarzazate où j’écrivis une lettre pour Munich, à une femme qui était en face de moi, qui ne me fit pas le don de son amour, ne vit pas le mien et par cela même me ressemblait terriblement.
Rome, Pace, le 24 octobre 2008

Kunsthistorisches Museum

Kunsthistorisches Museum

En May 2008
C'était le printemps
Ref 196.32a

Pour mettre un terme à ses agissements nuisibles au village, ils décidèrent d’allier leurs forces. Conjointes, leur persuasion et l’impact de leur attaque détruisit non seulement l’intégralité de sa motivation, mais aussi tout le village.
Ils durent le retrouver, au sacrifice de coûteux voyages qui les changèrent, qui changèrent leur langue. Ils le forcèrent à revenir de son bannissement, mais durent lui demander à titre amical de reconstruire le village, ce dont lui seul était capable.
Paris, le 26 juillet 2008

Auerspergstraße

Auerspergstraße

À Wiesn
En May 2008
C'était le printemps
Ref 196.29a

Au croisement probable de Broadway et e la 5e, un groupe de jeunes nous hèle, Sylvain et moi. Comme ce clochard de Minnéapolis, ces petites frappes ne parviennent pas à faire comprendre leur argot à Sylvain ; je dévie la conversation vers moi.
Ils sont du quartier. Ce sont des petites frappes, mais ils ont un coeur d’or. Ils veulent juste savoir qui nous sommes, pour défendre leur quartier, préciser son dedans et son dehors, et faire régner ses lois. Au moment de dire au revoir, très à l’aise avec mon british, je laisse échapper un cheers. Aussitôt, l’un d’entre eux refuse de me serrer la main. Un autre crache sur mon ombre. On me demande d’où je viens, si je suis anglais. Je crains qu’après avoir si bien passé cette épreuve par la ruse, je ne me sois compromis comme un débutant. Je songe rapidement aux implications politiques de mes potentielles réponses. Romain ? Viennois ? Français ? Je tente le couple Franco-italien, qui n’engage à rien. Cela parvient à les rassurer et, pour redonner de l’entrain à notre rencontre, nous nous montrons différentes poignées de main secrètes.
Bien sûr, Sylvain et moi n’avons eu qu’une envie tout ce temps, de nous casser et de poursuivre notre chemin. Nous nous laissons juste quelques minutes pour sceller cette nouvelle et délicate confiance. Malheureusement, impossible de refuser lorsqu’ils nous invitent à visiter leur QG secret (sans doute plus par culpabilité que par honneur) qui est une caravane perchée en haut d’une dune, au devant de la mer. D’ailleurs ils ne nous laissent pas entrer.
Je regarde l’ubac de la dune, qui se prolonge jusqu’aux premières vagues noircissantes. Quelques instants pour faire mes maths puis je dis à Sylvain que, même si la probabilité en est infime, en courant très vite et en se jetant vers la mer, avec une bonne position pour résister à l’air, la pente de la dune serait supérieure à la courbe de la chute, et ça serait comme si on volait.
La placidité et le scepticisme de Sylvain ne parviennent pas à assombrir la joie de ce plan, ultime bataille pour vaincre l’ennui de notre situation.
Budapest, le 11 mai 2008.

MuseumsQuartier

MuseumsQuartier

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.32

Dans cette maison raisonnablement trop petite, nous vivons à quatre, Marie et ses deux enfants, Lucio et Robin, et moi. On respire mal, tout le monde voit tout, certaines choses du quotidien sont rationalisées, pour éviter les déchets ménagers.

Marie travaille tôt, elle se lève et s’habille, nous la regardons désespérés de dormir. Ses enfants sont plus dociles que moi ; je me plaints. Le pire moment arrive lorsque je dois absolument utiliser les toilettes. Je voudrais que personne n’entende les bruits, et lorsqu’il est trop tard je me cache sous une serviette en prétendant que ceux que je ne vois pas ne me voient pas.

Un autre moment, je trouve une bille étrange dans mon gros orteil, une sorte de cellule ronde et jaune avec un oeil foncé, qui se déplace d’elle même, sans suivre les mouvements du sang. Autour, des récifs de coraux qui s’ébrouent, des petites moussent qui jaunissent. Je ressens une inquiétude grandissante face à ce phénomène, mêlé de la volupté sadique qu’un acte de chirurgie est inévitable. Dans ce petit appartement serré, je sais que les aiguilles et le briquet ne sont déjà pas loin les uns des autres.

Manosque, le 10 août 2008

Le Roi

Le Roi

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.19

Rêve de Vincenzo : «Dieu n’aime pas écrire avec le crayon».

Paris, le 26 septembre 2008

Les vieilles dettes

Les vieilles dettes

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 194.17

Sarah, au détour d’un kiosque à journaux. Je parviens à ce que ni elle ni moi ne puissions nous avouer que nous nous évitons. Elle pleure. Les vieilles dettes.

Paris, le 7 août 2008.

La mélodie du bonheur

La mélodie du bonheur

À Wien
En May 2008
C'était le printemps
Ref 193.19

Flûte, j’ai invité à la fois Hannah et Vanina à la même soirée. Plus une centaine d’autres personnes dont ma mère, mes cousins (que je n’ai jamais vu sous leur forme adulte) et les fantômes de mon enfance. Nous faisons une grande célébration dans le jardin tout à la fois de la maison de la petite rue Arnstein à Vienne et de ma tante Nelly, où il y a une cage dans le mur pour le chien, fermée par une porte verte. Hannah est plus petite, noircie par endroits seulement, son sang est corrompu, un peu mexicain.

- Quel dommage dit-elle, à l’époque où nous nous sommes rencontrés je t’aimais et tu m’aimais.

- Tu m’aimais ? dis-je étonné ?

Avec avidité, d’abord, je bois sa réponse, mais rapidement les phrases trop longues, à la forme passive et peuplées de métaphores qui la composent, avec des sujets inversés et un habille système de citations, me font comprendre, malgré le bruit des enfants, que ce ne peut pas être Hannah qui parle ; personne d’autre que mvd ne pourrait rêver aussi mal cette marionnette insondable.

Vienne, le 28 avril 2008