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D.Nolleau & C.Billard à  la Favela Chic

D.Nolleau & C.Billard à la Favela Chic

À Paris
En October 2004
C'était l’automne
Ref 108.19a

encore une histoire d’amour « Balance les kilojoules ! », elle me dit « on avance comme des chameaux ! ». C’était ses petites lèvres purpurines et ses grands airs de femme qui me faisaient plus peur qu’autre chose parcequ’à deux cent trente dans l’Ontario, même si on nous traquait proprement sous tous les ormes et les papouilles de leur branchages, il eût fallu Holmes au minimum pour nous rattraper. On avait avalé la dernière quinzaine en s’engraissant d’amour, et quand l’amour n’y suffisait plus on dépouillait une superette de bord de route, la braguette ouverte ; c’était la vie de troupe, le bitume et la biture et le théâtre. On cassait pas des banques, c’était comme au spectacle quand vient le moment de payer l’artiste : on avait la classe avec nos fusils mitrailleurs et on les faisait rires, les caissières ; ça, ça se paie. Un matin j’ai eu un grain dans mon espoir, tout tournait mal, je bronchais du lait par le nez. Je lui ai dit que dans ce foutu hameau où on se reniflait depuis des heures, ils finiraient par nous mettre la main dessus. Dans son sorbet à la crème, elle a pifé un filet de sang et j’ai compris que ni elle, ni moi, ni le petit que la cavale avait fatigué dans son ventre ne pouvaient aller plus loin. C’était l’amour qui crevait sous les arbres quand Holmes a sauté du maquis, des flics à la main. J’avais l’alliance dans une boîte et une boîte dans ma poche, devant la mare qui serait à jamais le tombeau de Dorothy. On n’irait jamais en taule tous les trois, que je lui avais dit, avant que ma pierre ne lui fracasse la caboche, d’amour et de fidélité.

Type

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En August 2004
C'était l’été
Ref 105.11a

Parabole d’un homme qui tombeMon second film n’a jamais été terminé, ses images sont oubliées. Il racontait naïvement l’histoire d’un jeune éphèbe au sommet fragile de sa petite gloire et dont une fille se séparait inopinément. Dans la déchéance rapide et pathétique que provoquait cette perte, il entraînait sans le vouloir le seul véritable ami qu’il eût pu avoir. Il le savait tout le long et ç’aurait dû être ça, l’intérêt dramatique du film. Au commencement du travail d’écriture, il y avait une idée que je donne ici, qui est en fait la mise en sens d’un rêve ou d’une projection ou peut-être des deux.J’ai vu l’histoire d’un homme qui était au cœur d’un ravin. En fait, imaginez une paroi infinie qui s’étend dans toutes les directions à l’exception du bas, si bien qu’accroché à une forme hasardeuse de végétation, l’homme est persuadé de son sort et de la vanité de toute entreprise d’escalade ; il est impossible de remonter et la chute mortelle est inévitable. Il va périr écrasé. Petit à petit sa réalité se recroqueville autour d’une seule possibilité, qui devient son destin. Tout lui paraît clair et il en ressent un certain plaisir pervers. La seule idée possible est que le temps continue de s’écouler avant la mort. D’autres idées lui viennent bien, mais elles s’évanouissent aussitôt à cause de leur absence de justification : plus rien n’est utile sinon le constat du présent. Parfois, en proie à une crise d’effroi, l’homme pense qu’il ne veut pas penser la réduction de son pouvoir sur le monde et aussi que cette pensée est sa dernière réalisation, son dernier acte dans le monde. L’instant suivant il se rassérène et l’avenir lui redevient certain, pourtant il ne parvient pas à se résigner et reste cramponné à sa plante.Finalement, l’homme tombe. Le long de sa chute, il s’enorgueillit de vivre ce que personne ne peut vivre (ou que tout le monde vit mais ne peut pas raconter et qui, par voie de conséquence, est toujours nouveau) c'est-à-dire l’expérience de la certitude de la mort. En fait, l’homme qui tombe ne fait l’expérience que d’une nouvelle certitude de la mort, qui s’accompagne accidentellement d’une sensation nouvelle aussi quoique familière, celle du corps en chute libre. Rien ne change et il continue à vivre pendant sa chute, sauf que sa foi en la mort prend une forme inédite à cause d’une intuition, peut-être celle de l’imminence de la mort (parler de la mort, dit Lacan en salle Dussane, est une question de foi).J’ai été cet homme, comme tout le monde l’a aussi été et, tout le long de mes chutes comme lui dans la sienne, j’ai battu des bras pathétiquement, affirmant ainsi mon engagement dans ma foi de la mort et en ma peur de mourir, qui est un engagement dans un sentiment donc dans la vie. Si je m’agitais en chutant, c’était toujours dans l’espoir qu’il n’y ait rien de vrai, que tout cela ne fût qu’un rêve ou peut-être que mes moulinets rencontreraient une inexistante végétation en contrebas, une nouvelle chance de repousser au plus loin le terme de ma vie.Cet homme que j’ai vu vécut à deux moments distincts de son histoire la même peur de la même chose (cramponné et en chute libre il craignait la mort), mais chaque fois il l’éprouvait d’une nouvelle manière. Les différentes certitudes qui l’ont successivement habité furent en fait le tissu de sa vie car c’est sur ces certitudes qu’il fit ses choix ; ce sont précisément ces certitudes qui firent de lui un homme et non un autre. Je suppose aujourd’hui qu’il peut avoir lâché prise volontairement ou conduit par une forme de folie de la logique, persuadé simultanément de son destin de mort et de la nécessité absolue de sa vie, nécessaire ne serait-ce qu’à l’idée de folie. Le sentiment que je lui imagine au moment de basculer de l’état végétatif à l’état de chute est un mélange précipité d’immortalité, de résignation et de jouissance humaine. Il savait que tout présuppose la vie, même la peur. Au final et d’une certaine façon, il est juste de dire que cet homme ne périt jamais.

Le Gragrou

Le Gragrou

À Paris
En August 2004
C'était l’été
Avec Lue
Ref 104.19

Long rêve avec une pièce principale, dans une ville sous l’eau, où rode le danger.
Paris, le 26 juillet 2008

Lue al Portico

Lue al Portico

En August 2004
C'était l’été
Avec Lue
Ref 102.12

Qu'est-ce que t'es belle.

Porte des songes

Porte des songes

En July 2004
C'était l’été
Ref 100.8

On se réveille un matin du sommeil de celui qui ne sait pas où il dort (ailleurs que dans une Touran de location), et il y eu cette porte.Aux colones 329-330 (POR-POS) de l'encyclopédie théologique de l'Abbé Migne, j'ai lu ceci :   PORTE DES SONGES. Dans Virgile, l'une est de corne, l'autre est d'ivoire. Par la porte de corne passent les songes véritables, et par la porte d'ivoire, les vaines illustions et les songes trompeurs.   Quelques auteurs qui ont lu Borges s'inspirent évidemment de lui. Son oeuvre est si juste que ceux qui le précédent pourraient lui avoir succedé : certains auteurs qui n'ont pas lu Borges, morts sur un autre continent, dans un autre temps, semblent avoir lu Borges ou n'avoir écrit que pour que quatorze de leurs mots se retrouvent dans les pages de ses livres.   Je crois avoir lu de lui cette citation de Virgile, peut-être même mot pour mot. Cependant, moi qui ai fatigué orgeuilleusement les livres de Borges, je n'ai pas été capable de retrouver la phrase, ni même la nouvelle. Comme en rêve, j'ai le souvenir diffus que c'était sur une page de droite, un peu en haut, et je vois presque encore le rythme des paragraphes, un saut de ligne qui se voulait dramatique, la caractère de l'édition. Lorsque je m'approche des mots, pourtant, ce que je redoute se produit : ils ne se précisent pas, ils s'échappent "comme l'eau dans l'eau". Il est tard et je dois aller me coucher en supportant de voir la citation voler sans page, sans nouvelle, sans livre, peut-être sans Borges, et je finis par craindre que cette phrase me soit venue une nuit que j'avais emprunté la porte d'ivoire, au cours d'un songe trompeur, qui m'aurait annoncé la fausse différence entre les vaines illusions et les songes véritables, sous la barbe consolante de la figure de Virgile.