This is the way the world ends

Un photogramme de Astrid Karlsson pris à Rue Rameau en hiver 2011.

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This is the way the world ends Astrid Karlsson Rue Rameau

This is the way the world ends

Cauchemar, intervenu au milieu de la nuit, que j’ai lutté pour retenir, et y ai partiellement échoué.
Quelqu’un tient dans sa main l’extrémité du nœud coulant qui cercle ma gorge. Mais pourquoi est-ce que je pense que c’est Borges ? J’essaie de passer le bout de mes doigts entre la ligne et ma peau, mais l’espace se rétrécit. C’est une menace constante qui presse sur le fil de ma vie.
Sitôt que le dieu s’endort, je tente de faire couler la corde loin de mon cou, mais l’ébrouement du lit où je suis allongé l'alerte comme l'araignée et un temps il ne fait rien dans le noir — mais je sais que cela le réveille et qu'il me regarde chercher vainement un peu de longueur pour extraire ma tête du sévice. J’abandonne, me rendors, recommence (à ce moment précis il y a une litanie, une chanson composée de mots simples ; peut-être la clef du cadenas où le fil de la pelote. Je l'ai sue, je l'ai tournée derrière mon front, puis je l'ai oubliée).
Dehors il fait froid ; mes gigotements et la poigne ferme du dieu autour de la corde réchauffent l’air sous la couette. Il dort avec moi, juste là, je suis sa cuiller.
Rêve. Rue Rameau, le 12 février 2012

Il n’y a pas de bon moment choisi pour quitter quelqu’un. Partir est une sorte de décision  que l’on prend dans un accès de lucide courage, clair et tranchant, comme le Föhn, un vent d’ombre de la pluie qui, en Bavière, descend des montagnes et rend un peu fou et soudainement libre. Il y a des meilleures façons de quitter quelqu’un, mais au moment où cela se produit (qui peut être multiple, qui peut durer des années), nous vient l’obsession de la justice. C’est l’idée de la justice qui nous empêche de partir. Tu ne mérites pas que je te fasses du mal ; tu ne m’en as jamais fait, et malgré tout je t’aime (on aime de nouveau la personne que l’on songe laisser). Ce n’est pas juste que je doive te faire souffrir. C'est innacceptable qu'alors que je suis encore avec toi, je doive te faire autant de mal ; je voudrais t'avoir déjà quitté ; si je t'avais déjà quitté, cela serait moins dur de te quitter. Le départ est un moment de crète où il faudrait déjà être qui nous serons demain matin (on se quitte souvent le soir), c'est un acte de pure foi.
Et il arrive qu’au lieu de partir pour être fidèle à soi-même, on reste contre l’idée de souiller, dans un acte injuste, un amour qui est déjà différent, une promesse qui est ancienne et précieuse, la personne que nous voulons être à l’avenir et qui est en train de s’écrire.
Catherine Françoise Dandrieux : «quand on est amoureux de quelqu’un, il faut apprendre aussi à lui faire du mal, parce que cela va arriver, et à ce moment-là aussi il faudra être là».
T.S. Eliot : This is the way the world ends Not with a bang but a whimper.

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