Soudain : la fixité

Un photogramme pris à Paris en été 2010.

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Soudain : la fixité Paris

Soudain : la fixité

Piégés dans les vestiaires fumants, nous sortions un par un du sauna en sachant obscurément que notre sort avait déjà était scellé. A chacun la vigie monstrueuse distribuerait, selon un ordre innaccessible, un jeu de portraits photographiques au format Polaroid. Au départ les tirages seraient bleus, ce qui nous permettrait de nous reconnaitre. Lorsque les miens devinrent verts, je me relevai de mon désespoir et, passant sauf l’attention de la vigie, me dirigeai vers d’autres joueurs aux photos vertes. Après nos longues années de captivité, le vestiaire s’était allongé en allées carrelées et en cascades d’eaux brûlantes, que pavaient les corps des autres joueurs aux photographies bleues. Nous, nous n’étions plus que trois. Je ne sais combien d’années encore s’écoulèrent avant que nous ne déchiffrâmes que la figure de chacune de nos cartes représentait une valeur, et la couleur verte la capacité d’échange, ce qui plaçait dans nos mains une sorte de monnaie ; mais, avant que nous ne réalisions que nous étions riches et, noyés par la spéculation, commençâmes à nous retourner les uns contre les autres, l'un d'entre nous manquait déjà. Il avait abattu ses cartes dans l’humidité tout en criant, et l’oeil unique que notre docilité n’avait jamais forcé la vigie à lever préservait une flamme glorieuse ; nous vîmes qu’elle éprouva jusqu’aux plus précieux souvenirs de notre compagnon, je veux dire qu’il mourrut.
Paris, 11 juillet 2011

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