Recherche de couleur #1

Un photogramme en automne 2009.

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Recherche de couleur #1

Recherche de couleur #1

Il y a encore quelque chose d’amusant à jeter de l’eau froide sur les murs de mon couloir, et sur le carrelage blanc : la fumée, le bruit de la vapeur qui se condense par endroits, l’alternance de flaques et de lieux secs révèlent l’avancée secrète, par le dessous et par les flancs, de l’incendie qui condamne mon immeuble, rue Rameau.
Beaucoup de mes amis sont venus voir ça. Le devenir de cet appartement ne nous indiffère pas. Par naturel optimiste, par aveuglement, nous avons tous une grande confiance que l’appartement soit épargné, ce qui nous permet de nous asseoir. De l’autre côté de la fenêtre, d’autres fumées indiquent d’autres drames, et la multitude des incendies dilue encore plus la fatalité qui s’était abattue sur nous. Nous en alimentons notre espoir. Avant que les pompiers n’arrivent, je me dis même, en voyant le feu indifférent qui s’échappe de la porte d’en face, que, un peu plus tard dans le rêve, nous pourrions récupérer cet appartement et nous agrandir. La brutalité de la lumière qui s’encadre dans le chambranle de la voisine, les effusions projetées qui changent de formes en roulant jusqu’à nos pieds, qui prennent des visages barbus et des visages glabres, ce spectacle va dans le Leica. Comme à la neige, cependant, je ne suis pas sûr de mon «couple» ; c’est la première fois que je prends du feu en photo.
Les conclusions des pompiers sont plutôt encourageantes. «Il y a peu de chances, dit l’un avec ambiguïté, que vous ne puissiez habiter ici avant quelques mois». Mais bientôt nous devons nous résigner à choisir, parmi tous les objets de la maison, ceux qui seront sauvés, et ceux que nous ne retrouverons plus, car il est devenu certain que tout brûlera. C’est un choix simple, où je trouve même une certaine joie du changement, à part pour les livres, qu’il est impossible de favoriser et de dénigrer. «Je ne suis plus un mendiant, j’irai chez Lue, ou ils referont l’appartement» pensé-je, malgré la tristesse opaque qui me remplit, pour rejoindre quelque lieu meilleur, de devoir en laisser un.
Rome, via dei sabelli, le 25 octobre 2005

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