Auerspergstraße Wiesn

Auerspergstraße

Au croisement probable de Broadway et e la 5e, un groupe de jeunes nous hèle, Sylvain et moi. Comme ce clochard de Minnéapolis, ces petites frappes ne parviennent pas à faire comprendre leur argot à Sylvain ; je dévie la conversation vers moi.
Ils sont du quartier. Ce sont des petites frappes, mais ils ont un coeur d’or. Ils veulent juste savoir qui nous sommes, pour défendre leur quartier, préciser son dedans et son dehors, et faire régner ses lois. Au moment de dire au revoir, très à l’aise avec mon british, je laisse échapper un cheers. Aussitôt, l’un d’entre eux refuse de me serrer la main. Un autre crache sur mon ombre. On me demande d’où je viens, si je suis anglais. Je crains qu’après avoir si bien passé cette épreuve par la ruse, je ne me sois compromis comme un débutant. Je songe rapidement aux implications politiques de mes potentielles réponses. Romain ? Viennois ? Français ? Je tente le couple Franco-italien, qui n’engage à rien. Cela parvient à les rassurer et, pour redonner de l’entrain à notre rencontre, nous nous montrons différentes poignées de main secrètes.
Bien sûr, Sylvain et moi n’avons eu qu’une envie tout ce temps, de nous casser et de poursuivre notre chemin. Nous nous laissons juste quelques minutes pour sceller cette nouvelle et délicate confiance. Malheureusement, impossible de refuser lorsqu’ils nous invitent à visiter leur QG secret (sans doute plus par culpabilité que par honneur) qui est une caravane perchée en haut d’une dune, au devant de la mer. D’ailleurs ils ne nous laissent pas entrer.
Je regarde l’ubac de la dune, qui se prolonge jusqu’aux premières vagues noircissantes. Quelques instants pour faire mes maths puis je dis à Sylvain que, même si la probabilité en est infime, en courant très vite et en se jetant vers la mer, avec une bonne position pour résister à l’air, la pente de la dune serait supérieure à la courbe de la chute, et ça serait comme si on volait.
La placidité et le scepticisme de Sylvain ne parviennent pas à assombrir la joie de ce plan, ultime bataille pour vaincre l’ennui de notre situation.
Budapest, le 11 mai 2008.

Alte Donau Wiesn

Alte Donau

De l’autre côté de la vallée, il y a une longue prairie et une pente douce. Le malheur qui touche la vallée ne touche pas la prairie, mais le vaste ciel bleu les relie secrètement.
J. m’avait appelé le matin précédent. Je venais à peine de me réveiller, dans une chambre copieuse d'ailleurs, avec des draps bleus et épais et les fenêtres grandes ouvertes. Dehors il pleuvait si fort que les rideaux absorbant l’eau ruisselaient sur le sol. Au téléphone, J. me dit « pourquoi voulais-tu dormir avec moi hier soir ? », mais je n’ai pas reconnu sa voix car j’étais encore ensommeillé. Elle était aussi plus gaie et moins secrète. Je démêlai qu’après une série d’épreuves, J. allait mieux, et que nous pouvions désormais discuter des égratignures du passé. Pour la rejoindre, j’ai laissé cette belle maison, et Valentina, entourée de quelques italiennes, qui jouaient fantastiquement avec des panneaux de bois.
De mon côté de la vallée, la pente de la prairie grimpe jusqu’au ciel bleu. Sur les côtés des cailloux, il y a de hauts panneaux publicitaires, figurant des paysages abstraits et radieux, qui sont les oeuvres de J. C’est pratiquement une montagne tant l’air est pur et transparent.
La voilà qui m’attend devant la voiture. Nous roulons amicalement l’un à côté de l’autre, moi sur la place du mort, elle au volant. Une seule chose déparie cette J. rêvée de celle que j’ai rencontrée : elle a les cheveux rouges. Elle porte aussi une frange. Ou plutôt deux, ce qui enflamme ma curiosité. Je passe sur la banquette arrière pour regarder cette autre frange, derrière la tête d’une fille.
Paris, 29 janvier 2008

Plus d'images