Mexico

Une photo argentique parmi 512 autres dans le Souvenoir.

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Quand tu laisses quelque chose, elle te laisse également Michel Maffesoli Mexico

Quand tu laisses quelque chose, elle te laisse également

Je rentre de l’enterrement de ma grand mère qui, pour la veille, s’est abandonné à la pente du temps, puis à l’oubli, puis à la disparition, après la mort de mon grand-père.
En arrivant à la maison, qui est une sorte de tour de pierre comme celle de Sigismond, les visages de ma mère et d’Anthony portent de graves nouvelles. L’un des deux me dit de ne pas monter, que je ne devrais pas voir ce qui gît là-haut, dans ma chambre. Je comprends que mon grand père, comme dans le reflet inversé de la réalité, s’est donné la mort pour accompagner ma grand mère. La bienveillance de ma mère et d’Anthony ne cherche pas à cacher cette mort, que je suis condamné à connaître, mais à couvrir une atrocité inutile. Je déduis de leurs gestes que mon grand-père a utilisé du poison et que ce poison lui a percé le visage.
Les pleurs ne m’empêchent pas de vouloir monter. Ma mère et Anthony ne parviennent pas à m’en dissuader, mais la tour y parvient, en supprimant les escaliers pendant que je les grimpe. Accroché à une poutre de bois, la tête renversé, ou renversé de chagrin, je sens que je tombe et que je m’abandonne, comme qui tomberait d’une tour.
paris, le 21 novembre 2007

Les arcades de l'or du Zócalo Mexico

Les arcades de l'or du Zócalo

Deux rêves cette nuit, plus longs que prévus. Dans le premier, Oléna, (la blondeur solaire d’Oléna et son corps en santé, qui sont ceux de J.S.) et moi nous retrouvons dans la périphérie d’une grande ville. Le ciel est retenu pas des bretelles d’autoroute. Alentour grouille un marché sale et des caravanes précaires et habitées.
Oléna et moi ne pouvons pas être ensemble, à cause de la ville et des raisons complexes qui forcent deux personnes qui s’aiment à se regarder de loin. Mais nous nous chassons parmi les caravanes et les vendeurs de pierres. Je suis plus sérieux qu’elle : en tentant d'intercaler deux arrêts de bus entre nous, je compte mettre un terme à ce jeu dangereux. Mais elle reparaît dans un parking où se vendent des voitures d’occasion. Finalement je l’enlace et elle me glisse dessus. Un baiser.
Le second rêve se déroule dans un décor vaste et étranger, sans doute les rues qui entourent le Zócalo, puis le quartier de l’Ambassade de France à Mexico, avec ses pentes. Sylvain et moi revenons à une maison que nous avons déjà habitée, à bord d'une grosse voiture américaine, bariolée, très haute, munie d'un marche-pied comme les camions, si forte qu’elle fait rebrousser chemin à toutes les autres voitures qui essaient de nous croiser, sur cette petite route à une seule voie.
La maison porte les cicatrices de notre habitation : des objets à moitié ouverts, des lieux sales, des draps, nos odeurs et nos coquetteries de décoration. C’est chez nous.
Nous sortons, et nous croisons Hervé Devolder, comme nous croisons souvent Hervé Devolder en sortant. Il est déguisé en homme feuillu, pour le grand carnaval. Je regarde en contrebas d’un cour de tennis. Des dizaines de personnages jouent au ping-pong ou au badminton en déguisement. C’est le grand renversement des apparences. Des hommes sont habillés en femme, des femmes en homme, les gentils en méchant. Ils ont des masques, ils sont libres : certains disent des grossièretés. Stéphanie, qui tout à coup apparaît, assise depuis longtemps sur le rebord des grillages qui nous protègent du cour, me regarde gentillement, sans doute juste pour me dire bonjour. Je hate le pas, il faut partir.
Plus haut, la rue s’écartèle en croisement. Sylvain traîne à parler avec Hervé, je m’impatiente de partir de ce lieu de décadence, qui ne m'est pas étranger. A gauche du croisement trois personnages complotent, dont l’un est Grégory Heyvaert. Je fais semblant de ne pas le voir, ce n’est pas le moment des longues explications. Bien sûr, Sylvain le voit et se met à parler avec lui.
Le seul embranchement du croisement qui me permettrait de partir sans me retourner se termine par une étagère pleine d’objets à vendre. Mais, comme toujours dans mes rêves, je n'ai pas la bonne monnaie.
Paris, le 23 fevrier 2008

Le grand éboulement Mexico

Le grand éboulement

Une grande partie de volley-ball se décide, mais tourne à la balle aux prisonniers, à cause du nombre d’hommes qui nous accompagnent, et du devoir de les occuper.
Deux armées se forment, rassemblant tout ce que je connais d’amis de mon côté, et de figures douteuses ou inconfirmées de ma jeunesse dans l’armée opposée. La première passe est facilement remportée grâce à mon adresse tactique et la revanche s’annonce fielleuse. Je donne mes ordres. A chacun de marquer les lieutenants adverses. Attention à la répartition des gabarits et des poids. Certaines masses sont menteuses, elles sont remplies de pions rapides qui nous déborderons à la première erreur de l’orgueil.
Je ne comprends pas leur stratégie : ils nous laissent avancer à eux. Cela nous prend des jours parmi le désert. Par la jumelle, je les vois immobiles sur leurs remparts se protéger du sable. J’ordonne à notre dernière ligne de retenir les bases, mais je ne peux pas me permettre d’arrêter l’avancée, ils verraient que je doute de la victoire. Seulement je ralentis le pas, en divisant sa vitesse par deux, puis de nouveau par deux, et ainsi infiniment, comme dans les paradoxes de Zénon, qui prouvent que le mouvement n'existe pas.
Nous arrivons à portée de tir après une éternité. La cavalerie, qui était mon arme secrète (même moi j’avais oublié qu’il y avait une cavalerie à la balle au prisonnier) enjambe ma garde personnelle et fonce sur l’ennemi. La cavalerie adverse se mêle à la mienne. C’est la panique. Nous sommes bien trop nombreux. Je me retrouve à errer parmi les nuages de sable avec un simple pistolet, et lorsqu’enfin je parviens à me poster juste derrière leur Général, fermement décidé à lui lâcher une balle dans le crâne, pour effectuer ce que je suis persuadé d’être un grand geste militaire, je me rends compte que leurs armures fossiles sont vides, et que nous avons perdu beaucoup de temps à réfléchir au lieu de jouer à cette putain de balle aux prisonniers.
Sur le champs de bataille, je regarde tristement mes hommes mourir, décimés par la cavalerie de fantômes qu’anime une colère sans fin, bien décidée à nous faire payer leurs siècles de toile d’araignée.
Paris, le 11 janvier 2008
(Grande période de fatigue. Joue de la guitare plus doucement, sans médiator, dans les toilettes qui sont petites et humides, le son est plus océanique.)

1/1000e de seconde au Starbuck de Mexico Mexico

1/1000e de seconde au Starbuck de Mexico

Les dates auxquelles le livre dont j’ai rêvé cette nuit a été publié et republié ne sont pas un hasard. Najet Ghaouti l’écrivit en 2003, mais l’exemplaire qu’elle m’offrit généreusement était une réimpression de 2007, tout juste il y a quelques jours. Le plat est encore tiède et sent la pâtisserie fraîche.Le livre est une collection de textes brefs au sujet d’autres livres, ou de sentiments généraux, à la manière des Inquisiciones ou de l'Histoire universelle de l’infamie. Je ne sais pas combien de textes se suivent, mais la table des matières, qui d’abord me semble aussi longue que les textes, finit par se confondre avec eux.Lorsqu’on m’offre un livre, je suis très touché à la fois par le geste d’offrir et par l’intimité, ou la distance que le livre (ou son sujet, ou son auteur, ou trois mots lus rapidement sur la quatrième de couverture ou l’ex-libris qui me fait tant plaisir) créée entre celui qui offre et celui qui reçoit. Le fait que Najet m’offre son livre me touche beaucoup.Je me dis tout d’abord que c’est l’occasion de la réédition qui l’a inspiré. Puis je feuillette les pages et je tombe sur un texte ajouté cette année, au sujet d’un livre qu’elle a lu, intitulé La Candeur des Monstres. Comme je voudrais me souvenir de ce que ce texte disait ! Malheureusement, le texte, son entrelacement, est resté dans le rêve, je n’ai pas réussi à le mémoriser, ou à le fixer à l’aide d’une clef de rêve, à cause d’un phénomène étrange : au fur et à mesure que je le lisais, le texte s’allongeait, certains passages disparaissaient et d’autres s’intercalaient entre les paragraphes existants, ou se déplaçaient d’une page à l’autre. Il y eut des intertitres et le nom de mes amis apparut, ou des phrases que dirent mes amis apparurent. Il est évident que le texte de Najet, et le sentiment qu’elle essaye d’y partager, sont en fait le livre dont ils parlent, et que suis en train de lire La Candeur des Monstres de Najet Ghaouti, ou la Candeur des Monstres dont se souvient Najet Ghaouti, ce qui dans mon rêve est la même chose, et qui, maintenant que je le raconte éveillé, ne me semble pas une idée saugrenue.J’ai rapporté du rêve un vague optimisme, et le sentiment que ce n’est pas pour ce chapitre, qui se perdait parmi d’autres sans doute meilleurs ou plus honnêtes, que Najet m’offrit son livre.A Paris, le 27 octobre 2007

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