Burgenland

Une photo argentique parmi 512 autres dans le Souvenoir.

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Sur ces collines vertes et l’enchevêtrement de talus qui inquiète les plaines règne une idée intraduisible d’ouragan. Par la fenêtre de la maison, Hannah s’ébroue sur des motifs insondables. Elle ne sortira pas. C’est important aujourd’hui qu’elle déplace le plus grand nombre possible de ces longues tiges en bois qui aboutissent à un hémisphère creux, et que les marocains appellent cuillers. Moi je sors, je veux voir l’ouragan.
Lue est assise sur une bosse, aventurière et naturelle. Comme aux portes du Sahara, le sable se soulève du sol abruptement, parfois en lames successives, parfois en tranches opposées. Si deux nuages s’opposent rapidement, je fais très attention à la formation imminente d’une de ces petites tornades que j’ai vues s’en aller dans les plaines rouges où les chèvres escaladeuses de buisson mâchouillent les arganiers pour en tirer de l’huile insaponifiable, et dans l’oeil desquelles je n’ai pas réussi à me fourrer. L’une de ces petites tornades fonce sur moi, mais je parviens à l’éviter en me projetant vers l’arrière. L’aise avec laquelle nous conversons, le Leica et moi, me permet même de la prendre en photo. Une autre s’arrête juste derrière Lue, et en cessant de tourbillonner redevient un enfant, les bras écartés et les paumes plates. Je comprends leur circulation mutine, Lue les cheveux dans le vent.
Bien sûr, ce n’est pas facile d’avoir Lue ici, et Hannah qui m’attend avec les cuillers à la maison. Mais je dois rentrer aider Hannah. «Un bain avec toi» m’avait-elle promis.
En tentant de lui ôter les manches brillantes de son pullover noir, je me heurte à son visage. Hannah se renfrogne et derrière le plis de dessus sa bouche je saisis une prophétie intraduisible d’ouragan.
Paris, le 9 septembre 2008

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