Bayern

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Autonome, créatrice, dispendieuse et source, comme une adulte. Bayern

Autonome, créatrice, dispendieuse et source, comme une adulte.

Julie B. est assise à côté de moi. Elle a tout préparé, malgré le nombre incalculable de personnes qui viendront à diner, elle a tout préparé. Je ne vois pas le festin, mais je sais qu’il compte de nombreuses couleurs, se compose d’une variété presque infinie de goûts et de souvenirs de goûts. Je sais que toutes les formes sont imparfaites et que, comme dans une forêt, il n’y a aucun angle, parce que tout a été fait à la main. Cela me rassure, alors que Julie est assise à côté de moi, silencieusement, autonome, créatrice, dispendieuse et source, comme une adulte.

La fuite en avant Bayern

La fuite en avant

Après plusieurs jours dans cette ville, j’en connais les repères cardinaux, la musicalité des voix et des vents, les visages des voleurs qui reviennent aux mêmes tables, les chemins qui confondent et qui relient deux points et le geste de lancer une rose au char de santa Rosalia. Malgré cela, au terme d’un monologue infini, tu parviens à ne pas être d’accord avec ma capitainerie et ma manière de nous guider. Je m’étonne moins de recevoir ta désapprobation que de te voir refuser ce qui est ostensiblement ta propre manière de faire, ce que tu attends de quelqu'un, et ce sans quoi tu ne m'admirerais pas.
Une phrase me vient : «she’s wired differently», et je comprends par cette phrase, qu’un de tes amis a dite, que je n’invente pas et que je ne suis pas en train de rêver, je suis en train de me souvenir de toi.
Palermo, 31 août 2010

Le Mont Analogue Bayern

Le Mont Analogue

Dans le Livre des êtres imaginaires, qui est peut-être la plus infinissable littérature de cabinet jamais écrite, Margarita Guerrero et Jorge Luis Borges cataloguent la faune inventée ou crainte par les hommes successifs. La plupart de ces créatures sont des assemblages de deux ou de trois animaux moins fictifs, et il est curieux que la somme des animaux imaginaires, qui devrait être une multiplication de toutes ces combinaisons possibles, soit en fait bien moins vaste que la vaste botanique de Dieu.
Livre perpetuellement inachevé, et qui omet, sans doute volontairement, cette histoire que rapporte René Daumal, dans le Mont Analogue :
Histoire des hommes-creux et de la Rose-amère.
Les hommes creux habitent dans la pierre, ils y circulent comme les cavernes voyageuses. Dans la glace ils se promènent comme des bulles en forme d'hommes. Mais dans l'air ils ne s'aventurent, car le vent les emporterait.
Ils ont des maisons dans la pierre, dont les murs sont faits de trous, et des tentes dans la glace, dont la toile est faite de bulles. Le jour ils restent dans la pierre, et la nuit errent dans la glace, où ils dansent à la pleine lune. Mais il ne voient jamais le soleil, autrement ils éclateraient.
Ils ne mangent que du vide, ils mangent la forme des cadavres, ils s'enivrent de mots vides, de toutes les paroles vides que nous autres nous prononçons.
Certaines gens disent qu'ils furent toujours et demeureront. D'autres disent qu'ils sont des morts. Et d'autres disent que chaque homme vivant a dans la montagne son homme-creux, comme l'épée a son fourreau, comme le pied a son empreinte, et qu'à la mort ils se rejoignent.

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