Anthony Soihier en Bretagne Anthony Soihier

Anthony Soihier en Bretagne

Ca commence bien avant. Je donne mes photos à la boulangère. Avec Anthony, je parts la voir. Elle et sa fille, des indiennes, trouvent ça absolument nul. « Vous êtes sûr que vous faites de la photographie ? » Je suis blessé, j’ai envie de leur parler du prix, de la valeur de chaque tirage, mais je leur achète des pains au chocolat par cinq, que d’ailleurs j’avais déjà (ou dont j’avais des équivalents en croissants, chaussons au pommes et pains au raisin de façon surnuméraire, preuve que ça commence bien avant). Pour le voyage de départ, la voiture contient Anthony, la boulangère qui conduit et la Honte. Nous nous haltons à un lycée, on parle. Anthony veut me convaincre de quelque chose, il ne comprend pas ma honte ou agit comme si elle n’était pas là. Il me coince entre deux tapis et une barrière de barbelés électrifiés, ce qui m’énerve. Pour enlever les tapis, il faut utiliser des « escaliers mécaniques griffés ». On les lance, ils s’accrochent, on tire. Je ne le fais pas, parce que je veux rester intègre. Ma honte est plus importante que cette situation stupide. (A un moment, j’avais pensé leur parler de mon album de photo, Les Deux Mondes (avaient-elles lu ses textes ? les avaient-elles compris ?). Mais je me suis dis que c’était de ma faute si elles ne comprenaient pas mes photographies.) Anthony parvient à me faire rire, je sens qu’il a gagné quelque chose (que je ne boude plus). Ca m’énerve avec rire. J’utilise l’escalier mécanique griffé pour me dégager des tapis et j’essaie d’attraper Anthony avec. C’est les tuyaux infinis de l’écran de veilles Microsoft. Anthony se sauve, saute partout sur les tables de cette rue maintenant bondée, puis se fait rattraper par les escalier et concabroyer dans un angle mort de ma vue. Je ne vois que l’explosion de sang. « Est-ce vraiment ça que je voulais ? » Je reste à ne rien pouvoir faire – ayant tué celui qui m’avait sauvé – sentiment des pleurs. Imminence du drame. Un défilement de visages. Je guette comme si j’allais prendre une photo, mais je sais que le regard d’un homme magnifique sur moi (barbe, teint arabe et vieux) dit que c’est moi la photo. L’homme dit « pour parler anglais, il faut alterner deux mots de français ».Leucate, 20 août 2004. 

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