Lue ne s'inquiète pas, rue Rameau

Un photogramme de Lue pris à Paris Rue Rameau en hiver 2007.

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Lue ne s'inquiète pas, rue Rameau Lue Paris Rue Rameau

Lue ne s'inquiète pas, rue Rameau

Dans la collocation de San Pietro, je me lève un peu tard. Le grand appartement frissone de bruits de pas et de mots assourdis par la porte de ma chambre. Aujourd'hui il se passe un événement un peu spécial, c'est le jour où les domestiques peuvent dire ce qu'ils veulent des maîtres.Dans le long couloir qui dessert les chambres, des femmes de ménage, des repasseuses, des plieuses jacassent. Avant que j'aie le temps de comprendre, Hélène S.-M. vient me parler et me demande, comme si tout le monde se le demandait et que personne n'avait osé venir me voir, ce que je pensais du mariage. Je détourne mon regard vers la fenêtre, au travers de laquelle passe un ami déjà grand, monté sur des échasses. Je réponds finalement que Lue n'aurait pas été contre à l'époque où nous étions ensemble, et que maintenant que je sais ce que c'est, vu que je me suis bien occupé des petites à Manosque, je songe sérieusement à avoir un enfant. Mais d'abord je voudrais prendre ma douche.Sauf que toutes les salles de bain sont occupées par des rangeuses, et je ne voudrais pas, moi qui pense encore à la honte de se lever tard, déranger le travail des femmes, surtout ce jour de liberté de parole. Finalement je trouve une salle de bain avec une seule femme qui plie des longues couvertures abricot. Je voudrais bien l'aider, enfin pour que ça aille plus vite, mais je ne sais pas plier, pas bien du tout. Entre les épaisseurs de couverture je vois des bosses et des petites brillances, et le long de son travail, la plieuse fait tomber sur une table une collection d'objets nickelés, des lampes, des visses, des tubes en fer. Je ne savais pas qu'il y avait des secrets dans les couvertures ouvertes, et peut-être serai-je le seul à le savoir jamais, car la femme qui s'affaire en face se moi ne voit rien, n'entend rien.Rome, le 10 août 2007

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