Le fils d'Olivier Bluker, votre hôte

Un photogramme de mvd pris à Mogador en été 2008.

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Le fils d'Olivier Bluker, votre hôte mvd Mogador

Le fils d'Olivier Bluker, votre hôte

Depuis que nous ne nous voyons plus, Jean-Paul Bluker, qui s'appelle aussi Olivier, continue de me visiter en conte, en rêve et dans la répétition. Je m’étonne toujours de ce que, lors de ces visites annuelles, il soit si propre, si beau. La nuit du 5 avril 2009, dans mon sommeil de la Marktrasse, je porte mon manteau gris en damier. Tout comme moi, mon père n’avait qu’entreouvert son col officier ; mais quel oeil vif ! Sans qu’il ne m’en parle directement, je devine une longue convalescence qui touche à sa fin, des premiers pas hors d’un hôpital, un homme qui a pris la mesure du temps, a changé ou s’est laissé changer. « Mais, me dit-il, ma fertilité est abîmée ».
Nous cherchons un coin pour parler, et je lui propose ce jardin que je connais bien, derrière un portique. « Non, répond-il, allons plutôt là» et, en tirant de sa poche une clef dorée dont je m’étonne qu’elle lui ait été confiée, il ouvre la double herse d’un jardin privé, profond et calme. Sous les ombres dont les dessins sont encore très nets et insensés, il me demande pourquoi je ne lui parle pas, pourquoi cette distance. Parce qu’il a bien compris que je me posais la même question, ou parce qu’il est le protagoniste mal rapiécé du rêve d’un seul homme, je devine que nous sommes très complices, malgré les années, la couleur de la peau ou la folie qui me sépare de lui. « Tu n’étais pas là, papa, lorsque maman souffrait à cause de toi », répondis-je. Mais ni lui ni moi ne sommes dupes de cette évidence, et nous nous sourions en songeant qu’une véritable distance, plus secrète et plus intime, nous relie.
Jean-Paul Bluker et Olivier sont morts le 10 juin 2009 à l'âge de 67 ans, de mort naturelle, dans le village d'Ondreville, dans un champ.

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