L’éternité qui se reflète

Un photogramme de Ronan MacDubhghaill en automne 2011.

arrowprev
L’éternité qui se reflète Ronan MacDubhghaill

L’éternité qui se reflète

Quelqu’un avait commis un grand crime. La police s’était emparée de l’affaire. Il s’agissait d’un homme blanc qui était responsable d’une exaction depuis le derrière de son bureau sur une personne qui se trouvait de l’autre côté, et dont la tête était tombée par suite de leur échange. On avait procédé à toutes les fouilles imaginables pour parvenir à élucider le sens du crime, et l’appartement du condamné était vidé de tous ses tiroirs. Cependant, pour les besoins du cours de la justice, il allait falloir y retourner et conduire une énième reconstitution des faits, et c’est à ce moment que les autorités font appel à moi. Elles ne se doutent pas du fait que je suis le véritable coupable et que non seulement je n’ignore rien des détails du crime sur lequel on va me demander d'enquêter, mais qu’en plus, parce que je me bats avec ma conscience pour rester le plus loin possible de l’affaire et de ses visages, le simple fait de devoir retourner sur le lieu des événements m’inflige un grand soucis qui est déjà une punition ; si je parvenais à le leur faire savoir, ils pourraient déduire cette souffrance de ma peine, mais aussi cela me dénoncerait.
Dans l’appartement, tout est occasion pour retrouver les effectifs personnels que la précipitation m’avait forcé à abandonner. Chaque question précise sur l’angle d’une chute me rapproche d’un baluchon où dorment mes anneaux et mes mouchoirs brodés. Cette place d’enquêteur me torture, mais je dois la remplir consciencieusement. Si je le fais trop bien, ils se douteront que je suis au courant de quelque chose. Si je rabaisse mes facultés, ils douteront de ma qualité humaine de limier et de mon sens civique, et je serai véxé et humilié.
Pendant que nous cherchons en équipe le sens du crime que j’ai commis, je me surprends à souhaiter que mes chats, laissés précipitamment sur le balcon, en soient libérés et, en me reconnaissant, trahissent que nous nous connaissons, ainsi ma peine pourrait commencer au plus vite, ce qui me rapprocherait nécessairement de sa fin. J’embrasse en pensée ce futur où se superposent de manière confuse la prison et la libération, en regardant dans leurs yeux jaunes de prédateurs crépusculaires l’éternité qui se reflète.

Plus d'images