L'espace public

Un photogramme en printemps 2010.

arrowprev
L'espace public

L'espace public

Ces travaux devant les deux expositions de chez moi, à hauteur des carreaux de chaque fenêtre, me harassent et me tourmentent. Ce matin, en arrivant, je vois toute une famille d’ivoiriens rassemblés pour construire, au dessus du petit des mes balcons qui donne sur le square Louvois, une terrasse dédiée au Conseil d’Etat. D’abord surpris qu’ils aient eu besoin de pénétrer dans ma chambre, et jusque sur mon lit, pour appuyer divers systèmes de poulies et de mousquetons, c’est finalement la présence dans leur équipe de deux enfants qui achève d’éveiller ma suspicion. «Je ne souhaite pas ralentir votre travail» dis-je «mais il n’est pas acceptable que vous vous baladiez comme ça dans ma chambre». Personne n’a véritablement l’air de comprendre ce que je dis. Je veux juste leur faire comprendre que c’est ma chambre, et que c’en est déjà assez de me faire regarder par la fenêtre du sixième étage tous les matins.
Sans gène, les deux petits se baladent partout, ils ouvrent aussi mes placards, ils passent leurs bras entre mes vêtements suspendus. J’en attrape un par les épaules, je le plaque sur le lit près de celle que je soupçonne être sa mère, et je lui crie dessus, avec un ton et une grammaire réservées aux enfants : «non, tu n’as pas le droit de faire ça, ce n’est pas à toi!». Les arguments qui suivent, bien que ni mon ton ni ma grammaire ne changent, je les adresse en fait à un adulte, pour justifier ma colère. Mais quand je lache l’enfant, chacun de cette famille retourne à sa besogne en passant par la fenêtre, sans se soucier de lui, dont il devient clair qu’il n’est ni plus ni moins qu’un membre autonome de cette équipe. Pendant ce temps, le grand paysage s’ébroue.
Paris, 16 juillet 2010

Plus d'images