Hamburg

Un photogramme pris à Hamburg en automne 2009.

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Surtout depuis la généralisation du grondement dans le ciel, j’aimerais beaucoup ne pas rater mon bus, le 15, qui attend tous les jours dans le parking, et qui quitte ce trou. Avec la réduction de la fréquence de départ, c’est devenu ici comme au Sénégal, et beaucoup de monde souhaite prendre, chaque jour, l’unique moyen de rejoindre sa maison. En m’approchant du conducteur, qui a un gentil air de baba, je me rends compte que le bus est plus petit que je ne l'avais vu. Lorsqu’il s’excuse en italien de ne pas pouvoir me prendre dans sa wagonnette, je me rends compte de la puissance de l’auto-persuasion, et de mon désir si fort de me casser d’ici que je confonds un bus avec une wagonnette.
Je n’arrive pas à prendre comme un chance ce qui pourtant pourrait sauver ma journée : dans le terrain vague au loin, Anthony et toute sa bande se font un foot. Enfin toute sa bande, mais pas moi. Le simple fait de m’approcher lentement d’eux sous-entend mon exclusion initiale. Blackstone le sent et tente de me faire rire. Anthony, qui voit la rouille aux engrenages des coeurs, tire mes pieds jusque sur l’herbe périphérique, cale un coussin sous mes mains, qui soutiennent ma tête, rapproche une petite table de chevet, adoucit l’abat-jour rouge, et fait revivre la couverture en disant « pour te masser, je vais avoir besoin de poser mes fesses quelque part».
Je ne me sens pas moins exclu maintenant renvoyé dans le paysage de mon lit alors que tout le monde s’amuse sans moi, et (dans ma veille) tu aurais pu te le garder, le bruit de foret qui me parvient de chez les voisins.
Paris, le 7 octobre 2008

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