Ferme les yeux, et fais-les disparaître.

Un photogramme pris à Wien en printemps 2008.

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Ferme les yeux, et fais-les disparaître. Wien

Ferme les yeux, et fais-les disparaître.

La nuit m’a dit que je me baignais sous une touffeur de saules, à un lac sur le chemin de la montagne. Certains de mes amis disparurent. J’en retrouvai d’autres, venus de Vienne. La suspicion me porta l’idée d’une conspiration plus vaste que ne le laissait penser la réclusion du lac. Nous avons décidé de fuir, ce qui força les kidnappeurs à nous pourchasser, donc à se faire voir. Je ne sais si nous devions prendre le fait qu’ils fussent des autochtones, des hommes de la montagne qui grimpent, qui courent et qui parlent avec les pierres, comme une bonne nouvelle.
Lorsqu’ils nous eurent tous attrapés, ils nous présentèrent à leur dieu, qui était une sorte de gallinacé éphémère et perpétuel, dont ils vénéraient l’acte de bouillir. Le Dieu se dépoitraillait et montrait ses os obscurs, parcourus par l’eau qu’il portait à ébullition, puis il projetait cette eau, probablement miraculeuse et divine, par le bec. Enfin, ses os fondaient sous l’effet de la vapeur et le Dieu mourait du simple fait d’avoir prouvé qu’il était Dieu, afin qu’on mît un nouveau gallinacé sur le laraire, à qui l’on promettait la mort s’il n’était pas le Dieu, en attendant qu’il condescende bientôt au dernier ébrouement.
Je dois prendre ma décision de partir vivre ou non pour San Francisco aujourd’hui. La nuit porte conseil mais, comme Jésus et les gauchos, elle parle toujours en parabole pour ne pas se compromettre.
Paris, le 24 juin 2008.

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