Bangers & Mash

Un photogramme de Dante Nolleau pris à Paris en hiver 2007.

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Bangers & Mash Dante Nolleau Paris

Bangers & Mash

Je connais cette lumière, c’est la lumière rouge de Rome, lorsque les pins-parasols s’élèvent devant le soleil, et je regarde le Gianicolo se coucher depuis ma terrasse, en lisant Moby Dick. Bientôt il fera nuit, on n’y verra plus rien.
JP et moi devons descendre au plus vite de Montmartre. Le chemin le plus court pour atteindre la ville est une lente plaine herbue qui a déjà de sombres airs de traquenard. Nous courrons, je sens la machine de mon corps qui est faite pour ça, je la sens trouver son rythme. Devant, JP qui est un plaisantin, pour dédramatiser notre situation, lâche quelques pétards. Moi, j’ai bien peur qu’il ne vienne d’éveiller les rares dangers qui nous guettaient.
Cette lumière et le visage de mon vieux copain vont bien ensemble. Je sors le Leica, je tourne les bagues pour faire mon couple, mais une première fois, JP sent le coup venir et se crispe dans une grimace de comédien. C’est dur de faire le portrait d’un comédien disait Henri. Comme d’un homme politique, ils connaissent bien leur métier. Le comédien : « comment le voulez-vous ? dramatique ? comique ? Las ? ». Sans doute que si je persévère...
Mais nous n’aurons pas le temps de rejoindre la ville. Heureusement, un centre commercial, où nous espérons trouver d’autres errants, est resté ouvert. Dès l’entrée nous voyons un vaste terrain de jeu avec des arbres, du sable, des cabanes, des poutres croisées liées avec de la corde, des filets pour rejoindre les cabanes et des échelles. Nous nous mettons torse nu, dans l’esprit sportif du jeu.
Accroché à l’une des poutres, très en hauteur, JP saute, les bras grands ouverts, vers une autre hauteur. C’est magnifique : l’angle de vue, la lumière qui l’entourait, l’espace qu’il ramenait à lui avec ses longs bras, comment ai-je pu rater cette photo ? Lorsqu’il recommence l’opération, cette fois de la seconde poutre vers le sommet d’un arbre, je suis prêt, mais les branches et les feuilles gâchent tout le visuel.
Je me surprends à penser à la qualité de cet environnement naturel, où JP en tout cas se sent si bien. Je me demande à quoi peuvent ressembler les autochtones, et il ne faut pas longtemps à un grand homme-nuit, la peau foncée, pour me trouver. Il se déplace les yeux clos, autour de ses paupières sont cousues des petits bris de porcelaine blanche et bleue, qui ramènent l’idée d’une pupille. Voilà le piège.
Pour gagner du temps, j’attrape la corde d’ornement qu’il a nouée autour de son cou et je la fais passer derrière une poutre, en la tirant de toutes mes forces. Vraiment, je ne sais pas qui est le plus à plaindre, de moi qui n’ai pas encore pu jouer, mais dont le sursis touche à l’évidence à sa fin, ou de JP qui s’est amusé comme un fou, mais que dévore déjà un gros félin à dents de sabres.

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